De février 1976 à juin 1980, le conflit des « Réos », l’un des plus longs conflits sociaux de France, défraya la chronique. ⬇️


De février 1976 à juin 1980, le conflit des « Réos », l’un des plus longs conflits sociaux de France, défraya la chronique.
Manufacture de chaussures fondée en 1898 par Hippolyte Réhault père, c’est à l’origine une petite entreprise familiale qui après la signature d’un accord d’entreprise en 1953 entre les dirigeants, Hyppolite Réhault fils et ses fils Jean et Pol, et la CFTC, devient l’une des plus importantes usines de Fougères avec JB Martin. Les locaux du boulevard Thiers (actuel boulevard Charles Tillon) devenant trop exigus, l’usine déménage au milieu des années 1950 dans un bâtiment flambant neuf rue des Frères Devéria (actuel site des Ateliers). En 1968, elle emploie 1 200 ouvriers.
Cette période de prospérité prend fin dans les années 1970. Le modèle Louis XV devient démodé. Cette évolution de la mode et l’échec de la politique d’exportation mettent en grande difficulté l’entreprise. Le dépôt de bilan est prononcé le 28 janvier 1976. La section syndicale CFDT et le personnel licencié au nombre de 650 refusent la fermeture de l’entreprise et décident en Assemblée générale l’occupation de l’usine qui durera 4 ans. Le 17 février 1976, en signe de protestation, les Réos brandissent leur lettre de licenciement dans les rues de Fougères et placardent les enveloppes sur les murs de la Sous-Préfecture.

Dans l’usine occupée, les ouvriers grévistes relancent la production de chaussures et fabriquent de petits objets de maroquinerie vendus chaque samedi dans l’entreprise et lors de journées portes ouvertes. Les grévistes espèrent ainsi trouver un repreneur et s’attirer la sympathie des Fougerais.es. La solidarité s’organise : les marins-pêcheurs de Lorient distribuent sept tonnes de poisson aux travailleurs licenciés des usines de chaussures (Maunoir et Morel et Gâté connaissent le même triste sort), des paysans viennent vendre leurs productions à prix coûtant, les ouvriers licenciés de l’entreprise Lip à Besançon font le déplacement à Fougères pour soutenir les Réos.
Plusieurs propositions de reprise partielle ou de reconversion échouent. Le conflit s’enlise et prend fin dans l’indifférence générale en 1980 lors de la vente aux enchères publiques du bâtiment.
La presse consacra de nombreux articles à ce conflit sans précédent. Le journal Ouest-France fit don à la Ville dans les années 2000 d’une riche collection de plus de 300 photos de presse qui témoignent des grèves de la chaussure de 1975-1976.
N’hésitez pas à venir découvrir ce fonds en salle de lecture des Archives municipales.
