La course à la présidentielle de 2027 est lancée. Petit retour sur une époque où les visites présidentielles à Fougères donnaient lieu à de véritables fêtes populaires !

Le 30 mai 1914, Raymond Poincaré, président de la République depuis janvier 1913, arrive à Fougères dans le cadre d’un voyage officiel en Bretagne. Invité quelques mois auparavant par une délégation fougeraise reçue à l’Élysée, il est accueilli en grande pompe par le maire Julien Gobé et une foule nombreuse.

La municipalité avait accordé 8 000 francs à la Société des fêtes pour organiser l’événement. Dans les quartiers, des comités se mobilisent : rues décorées, animations, musique, cortèges… La ville entière se prépare à recevoir le chef de l’État.
Le succès attendu est tel que des trains spéciaux sont organisés pour permettre aux habitants de l’arrondissement de participer aux festivités.
La veille, une grande retraite aux flambeaux parcourt la ville, menée notamment par les régiments du Train des Équipages, installés à la caserne des Urbanistes, ainsi que par les sociétés musicales et sportives fougeraises.
Le jour venu, Raymond Poincaré quitte la gare sous les acclamations. Le cortège emprunte le boulevard de la Gare, où un spectaculaire arc de triomphe, réalisé par les Fabricants de chaussures et les commerçants, a été érigé.

À l’Hôtel de Ville, le président rencontre les élus, les représentants de l’industrie de la chaussure et les notabilités locales autour d’un vin d’honneur.
Puis direction la Place aux Arbres, où Albert Durand, président du syndicat d’initiative et de la société d’histoire et d’archéologie, lui fait découvrir le jardin.

Le président poursuit sa visite à l’Hôtel-Dieu, au chevet des malades civils et militaires. Puis, contrairement au programme prévu, il se rend à la maternité toute proche. La question de la natalité est alors considérée comme un enjeu majeur pour l’avenir économique et militaire du pays.
Après le départ du président, la fête continue !
Un banquet mutualiste réunit 400 convives au marché couvert, tandis que la fête de l’Aviation connaît un succès plus mitigé. Le soir, le feu d’artifice attire une foule considérable : 8 000 à 10 000 personnes se massent place Leroux, dans les vallons du jardin et place aux Arbres.
La décoration de la ville impressionne particulièrement les journalistes. Le Réveil Fougerais décrit une ville où « pas une maison » n’est épargnée par les décorations : façades pavoisées, fleurs, guirlandes de feuillage et même réverbères fleuris !
Mais cette visite ne fait pas l’unanimité. La presse locale salue majoritairement l’événement, tandis que le conservateur Journal de Fougères affiche une position beaucoup plus critique : « comme catholiques, nous ne saurions ni acclamer, ni exalter un chef d’Etat qui se pose en chef des déchristianisateurs… ».
Quelques semaines plus tard, lors du conseil municipal du 21 juin 1914, le maire dresse un bilan très positif de la visite. « Il y a trois semaines, Fougères recevait avec l’éclat que vous savez, Monsieur le Président de la République. Comme l’atteste les extraits des journaux de Paris, de tous les coins de France, de l’Algérie et de la Tunisie, la visite présidentielle a largement contribué à faire connaître notre ville au point de vue de ses richesses archéologiques et artistiques encore trop ignorées en même temps qu’elle a fourni l’occasion d’une excellente réclame pour notre industrie de la chaussure. »
Un siècle plus tard, cette visite nous rappelle combien les déplacements présidentiels pouvaient être, à Fougères, de véritables événements populaires, économiques et médiatiques.
Et Raymond Poincaré ne fut pas le seul président de la République à être reçu à Fougères au cours du 20ème siècle…
