Il arrive parfois, au cours de recherches menées dans les archives, de tomber sur de véritables perles, aussi inattendues que divertissantes. Tel fut le cas avec cette étonnante histoire de découverte d’un trésor en 1870 !

Ange BROUX, âgé de quarante ans, est un travailleur journalier, autrement appelé tâcheron, originaire de la Chapelle Janson. Il réside alors au Nid aux Crocs (actuelle rue des Vallées) et travaille pour l’entreprise Alliot, chargée de l’agrandissement du collège de Fougères, situé entre la rue Lesueur et la place Lariboisière, le long de la rue Rallier.

Le 13 juin 1870, de bon matin, alors qu’il creuse les fouilles destinées aux fondations du bâtiment, au niveau d’une ancienne cave, sa pioche heurte une boîte en bois. Celle-ci renferme une belle quantité de monnaies en argent. L’ouvrier enveloppe aussitôt le tout dans son tablier et s’empresse de le déposer à la mairie, propriétaire du site, comme l’exige la loi.
De retour sur le chantier, il se remet à la tâche et, dès le premier coup de pioche, il découvre une seconde boîte, identique à la première. Celle-ci contient non seulement des pièces d’argent, mais également des pièces d’or. Ange BROUX procède alors à un second dépôt à la mairie. L’ensemble du trésor se compose de 567 pièces de 6 livres en argent et de 75 pièces de 48 livres en or, représentant une valeur de 7 122 francs. Conformément à la législation en vigueur, cette somme est partagée équitablement entre le propriétaire (la mairie) et l’inventeur (la personne ayant découvert le trésor). L’affaire est régularisée en bonne et due forme, comme en attestent les documents, rapports et comptes rendus conservés aux archives sous la cote 3 L 6-1, relatifs aux finances de la Ville. Nul doute que cet apport en espèces sonnantes et trébuchantes constitua, pour ce modeste travailleur, une aubaine inespérée.

Mais d’où peuvent provenir ces monnaies ? La livre est un système monétaire utilisé en France entre 781 et 1795 : la période est vaste. Toutefois, c’est sous le règne de Louis XV que la valeur de l’écu d’argent est fixée à 6 livres et celle du louis d’or à 24 livres.
Or, il s’agit ici de doubles louis d’or valant 48 livres. Ces monnaies deviennent d’usage courant à partir du règne de Louis XIII et sont également frappées sous Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. De plus, les monnaies Louis XIII circulent encore sous Louis XVI.
Il est donc difficile de proposer une datation de l’enfouissement, d’autant qu’aucune description du monarque figurant sur les pièces découvertes n’a été effectuée.

Le collège de Fougères fut construit à partir de 1802 sur le site de l’ancien hôpital Saint-Nicolas, fondé sous le règne de Raoul II de Fougères. Depuis le règne de Louis XIII, si l’on retient cette limite chronologique basse, un nombre incalculable de personnes ont fréquenté les lieux.
Les hypothèses quant à l’origine de ce dépôt monétaire sont multiples : voyageur tombé malade ayant dissimulé sa fortune, voleur ayant enfoui son larcin dans un endroit peu soupçonnable, économies de la communauté religieuse mises à l’abri…
Une hypothèse retient toutefois particulièrement l’attention. Lors de la Virée de Galerne, l’armée vendéenne prend Fougères le 3 novembre 1793, suivie de son cortège. En repartant vers les côtes de la Manche, elle abandonne derrière elle près de 2 000 vieillards, blessés, malades et impotents. La plupart sont alors accueillis à l’hôpital Saint-Nicolas, dans l’attente de la prise d’un port.
Parmi ces contre-révolutionnaires se trouvent des personnes aisées, susceptibles d’avoir dissimulé leur pécule. Or, lors du retour des troupes républicaines, qui s’étaient réfugiées à Rennes, la quasi-totalité des retardataires est massacrée. Les monnaies seraient ainsi demeurées enfouies.
Mais il ne s’agit là que d’une hypothèse, et bien malin qui pourrait désormais en établir la vérité.
