1er août 1914 la France décrète la mobilisation générale. De nombreux Fougerais quittent alors leur ville et partent pour le futur front. Très vite, les premières mauvaises nouvelles arrivent, laissant derrière elles des familles endeuillées et une municipalité confrontée à la douleur de toute une population.


Un monument du souvenir
Julien Gobé, alors maire de Fougères, rend hommage au fil des conseils municipaux, aux enfants de la ville tombés pour la Patrie. En septembre 1915, un tableau d’honneur est installé sous le Kiosque du jardin public. Régulièrement actualisé, il rappelle les noms des disparus. Un tronc est également placé pour collecter des fonds pour les familles éprouvées par la guerre. La guerre s’éternise et la liste des victimes s’allonge. L’idée d’un monument commémoratif s’impose peu à peu. Le 15 juin 1916, le conseil municipal vote la création d’un comité chargé du projet et débloque une première somme de 5 000 francs.

Pour compléter les subventions municipales et nationales qui ne suffisent pas, le Souvenir Français multiplie les initiatives : concerts, quêtes dans les trois paroisses et une grande souscription publique. Même l’un des deux canons entreposés dans la tour de Papegault est vendu pour contribuer au financement. Quel formidable symbole de paix !
L’œuvre d’un enfant du pays, Armel Beaufils
Le concours est remporté par Armel Beaufils, sculpteur dont la mère est originaire de Fougères. Son projet est ancré dans l’identité bretonne et fougeraise. Au centre de l’œuvre, un menhir de granite rappelle les racines de la région. À ses côtés, un jeune garçon coiffé d’un chapeau breton et portant un tablier de cordonnier évoque les traditions locales et l’industrie de la chaussure, chère à Fougères. Il grave dans la pierre la maxime « À MES AINÉS QUI ONT COMBATTU POUR MOI ».
À l’avant du monument, une figure féminine symbolise la France victorieuse tenant une couronne de lauriers. Elle incarne ces femmes qui, pendant la guerre, ont remplacé les hommes dans les ateliers et les usines, tout en vivant dans l’angoisse de ne jamais les revoir. Au sommet du menhir, la croix de guerre honore le courage des combattants. Sur le granit sont gravés les noms des 704 Fougerais. Ce monument a l’originalité d’être pacifiste et orienté vers l’avenir au contraire de la majorité des autres monuments dits guerriers représentant le poilu au combat. Le 21 octobre 1917, Armel Beaufils présente sa maquette au conseil municipal. La place d’Armes, libérée de son jardinet central depuis 1913, est choisie à l’unanimité.

Les quelques opposants sur le choix du site, dont Albert Durand, auraient préféré le proche jardin du tribunal. Les travaux s’étendent sur la première moitié de l’année 1920. Le granite de la base et le menhir proviennent des carrières Le Gal à Parigné.
Une cérémonie émouvante
Initialement prévue le 19 septembre 1920, l’inauguration est finalement reportée au 17 octobre 1920. La veille au soir, un hommage est rendu à chacun des disparus lors d’une longue veillée aux morts.
Le lendemain, c’est sur une place noire de monde, avec aux première loges les familles des défunts, les anciens combattants, les autorités civiles et militaires et les enfants des écoles, que se déroule la cérémonie présidée par le maire René Cordier. Parmi les personnalités présentes figurent Louis Deschamps, sous-secrétaire d’Etat aux Postes, le général Passaga, commandant la 10e région militaire, et le préfet d’Ille-et-Vilaine. Les sociétés musicales interprètent les hymnes patriotiques. Une œuvre spécialement composée pour l’occasion, l’« Ode à la mémoire des morts » de Théodore Botrel, vient également ponctuer cet hommage.

