Chaque 1er mardi du mois, les Archives municipales de Fougères vous feront découvrir les coulisses du service selon son actualité, l’actualité commémorative et les « coups de cœur d’archives ».

En ce mois de commémoration de la fin de la Grande Guerre, ce sont des extraits d’une correspondance entre un poilu, Henri Becdelièvre, et sa future femme Geneviève Nicolas que nous souhaitons vous faire partager.

Tous deux originaires de Bruz, ils s’installent à Fougères après-guerre où Henri se verra proposer un poste aux Chemins de fer de l’Etat. Henri Becdelièvre intègre le 225ème régiment de Cherbourg en décembre 1914 et est envoyé au front en juin 1915. Blessé à la jambe par un éclat d’obus à Auberive le 30 mai 1917, il subira de nombreuses opérations et une longue période d’hospitalisation jusqu’en 1920 dont il enverra des nouvelles : « je te dirais que sa va toujours de mieux en mieux mais sa n’est pas encore près d’etre gurit, les plaies ne sont pas fermées et l’os n’est pas encore ressouder sa fait que tu vois je ne suis pas encore près de marcher ». Cet extrait et les suivants sont la retranscription exacte du contenu des courriers.
Ces nombreuses lettres et cartes postales ont été données récemment par un particulier aux Archives municipales et témoignent de l’importance de cette correspondance nécessaire au bon moral des troupes.

Au début de la guerre, les services postaux n’avaient pas anticipé un tel afflux de courrier au départ du front : 5 millions de lettres et colis envoyés quotidiennement vers l’arrière. Une lettre mettait 2 à 3 semaines pour arriver à destination. On augmenta les moyens humains et logistiques pour diminuer ce délai à 5, 6 jours.
À partir de la fin 1914, le contrôle des contenus est instauré pour vérifier le moral des troupes et dans une moindre mesure pour filtrer les renseignements vers l’arrière. On estime à 4 % le nombre de courriers contrôlés. Ce contrôle était matérialisé par un tampon et une étiquette officielle qui permettait de refermer l’enveloppe (comme on peut le voir sur l’enveloppe en photo).

Les poilus disposaient de cartes fantaisies patriotiques, de photos du front éditées en cartes postales et de cartes postales sur diverses fêtes, à l’instar de cette carte envoyée pour le 1er avril.

Mais de quoi parlent elles ?
En général, les poilus évitaient de raconter les horreurs de la guerre pour ne pas inquiéter l’arrière. Les poilus demandaient des nouvelles et s’inquiétaient de la santé des proches : « Ma petite chérie la santé c’est la principale des choses et c’est que je te souhaite de tout cœur…»
Ils évoquaient le mal du pays : « pays natal, pays regretté dont j’aie l’espoir de retourner le voir après cette maudite guerre ».
On parlait d’amour…. : « Ma chère amie, j’aie toujours pensé à toi et j’y penserais toujours…enfin ma chère Geneviève espérons se revoir un jour et se déposer les tendres baisers. » …
Et de l’Ennemi : « Pour le moment nous sommes assez tranquille, les bôches sont assez calment esperont qu’ils resteront toujours de même ». La durée du conflit provoqua un certain fatalisme et une lassitude : « Je ne vais plus etre tranquille comme je l’ai été mais que veux tu il faut bien prendre la situation comme elle vient et penser se revoir un jour. »
Cette riche correspondance sera très prochainement consultable en salle de lecture des Archives à l’issue du classement et de l’inventaire.









